Les examens validant le diplôme d

Les examens validant le diplôme d’ostéopathie devraient-ils tester les connaissances en ostéopathie crânienne ?

Steve E. Hartman

International Journal of Osteopathic Medicine, Volume 9, Issue 4, December 2006, Page 143


      Étant professeur dans une école d’ostéopathie, celle-ci fait partie de mon identité professionnelle et je m’efforce de la servir de mon mieux en tant que professionnel responsable. Au cours de ces dernières années, nous avons acquis, avec un collègue, une vision très négative de l’ostéopathie crânienne [1], [2]. Nous sommes en partie arrivés à la conclusion qu’« avec le temps, les disciplines fondées scientifiquement élargissent les bases de leur connaissance et de leur efficacité. Ce n’est pas le cas de l’ostéopathie crânienne. Ces défenseurs proclament encore :

  1. le même mécanisme biologique indéfendable proposé par Sutherland il y a 65 ans,

  2. aucune indication sur la fiabilité diagnostique, et

  3. aucune étude contrôlée montrant son efficacité ». [2]

      Pour nous assurer que tous ceux qui pourraient bénéficier de nos opinions puissent en prendre conscience, nous avons pris contact avec le National Board of Osteopathic Medical Examiners (NBOME) aux États-Unis, et avec l’American Osteopathic Association (AOA).  En espérant que l’incitation à la discussion puisse renforcer la profession ostéopathique, je vous présente ici le texte d’une communication soumise par voie électronique au NBOME et à l’AOA le 8 juin 2005.


Lettre électronique de Steve E. Hartman  au NBOME et à l’AOA le 8 juin 2005

Bonjour,

      Je pense que la meilleure source concernant la validité de l’impulsion du rythme crânien en tant que phénomène physiologique se trouve dans l’étude publiée en 2002 de : Hartman SE et Norton JM – Fiabilité interexaminateurs et ostéopathie crânienne. Scientific Review of Alternative Medicine 6,1:23-34.

      Plus récemment, nous avons évalué de façon critique de nombreuses affirmations soutenant l’ostéopathie crânienne dans l’ouvrage de référence de la profession ostéopathique : Hartman SE and Norton JM. 2004-2005. A review of King HH and Lay EM, "Osteopathy in the Cranial Field," in Foundations for Osteopathic Medicine, 2nd ed. Scientific Review of Alternative Medicine 8,2:24-28

      Les données suggèrent que l’impulsion rythmique crânienne est probablement produite par l’imaginaire des praticiens, reposant uniquement sur des principes psychologiques individuels et sociaux compris depuis bien longtemps. Par conséquent, je suis triste d’être confronté à nos étudiants de 2e année qui en préparant leur premier examen pour l’obtention du diplôme, doivent s’attendre à ce qu’on leur demande de comprendre les détails imaginaires de l’ostéopathie crânienne.

      Les questions suivantes apparaissent dans le volume intitulé "COMLEX 1: Practice Items (p.5)," copyrighted 2001 et distribué par le NBOME :

"Alors que le sacrum se met en flexion lors de l’impulsion rythmique crânienne, l’os temporal se met en :

  • (A) rotation externe

  • (B) rotation interne

  • (C) nutation

  • (D) flexion

  • (E) extension"

      Contactez s'il vous plaît les praticiens qui à votre connaissance sont les plus respectés, et demandez-leur la meilleure étude scientifique de référence soutenant l’existence d’une « impulsion rythmique crânienne », ou les mouvements de l’os temporal mentionné dans cette question. Si vous obtenez une de ces références, évaluez là s'il vous plaît avec le même œil critique que pour n'importe quelle autre explication scientifique concernant la physiologie humaine ou la mécanique du mouvement.

      Plusieurs pages plus loin, je trouve :

"Une femme de 33 ans se présente aux urgences avec une douleur au dos et à la tête, après avoir été frappée par son époux. L’examen ostéopathique crânien ne révèle aucune véritable flexion\extension de la sphénobasilaire, mais uniquement une mobilité monophasique en balancier. Le diagnostic crânien le plus probable est une :

  • (A) Lésion latérale droite

  • (B) Lésion verticale inférieure

  • (C) Torsion sphénobasilaire gauche

  • (D) Compression sphénobasilaire

  • (E) Rotation en latérofléxion droite"

      Un patient a subi un traumatisme crânien d’une gravité telle qu’une consultation aux urgences est nécessaire. Cela signifie que l'on apprend à nos étudiants que les traitements standards pour les médecins urgentistes dans un tel cas incluent une procédure diagnostique consistant à présupposer un phénomène physique qui n’a jamais été demontré, fondé sur un mécanisme anatomiquement et physiologiquement aberrant, et pour lequel aucun intérêt clinique n’a jamais été scientifiquement démontré.

      Le National Board of Osteopathic Medical Examiners et par extension, l’American Osteopathic Association et tous les Doctor of Osteopathy soutenant de telles bêtises (ou n’ayant pas la volonté de se lever pour les dénoncer) font pour le moins la promotion d’une incompétence professionnelle qui, sous certaines circonstances, pourrait entraîner une attitude criminelle.

      Il est grand temps que les ostéopathes renoncent à leur propension à la pensée magique et fondent leur pratique et leur enseignement sur les standards biomédicaux du XXIe siècle.

     S'il vous plaît.

Steve E. Hartman


Références

  • 1. Hartman SE, Norton JM. Interexaminer reliability and cranial osteopathy. Scientific Review of Alternative Medicine 2002;6:23-34. 

  • 2. Hartman SE, Norton JM. A review of King HH and Lay EM, "Osteopathy in the Cranial Field," in Foundations for Osteopathic Medicine, 2nd ed. Scientific Review of Alternative Medicine 2004-2005;8,2:24-8. www.osteopathie-france.net/Principes/cranien_doute-02.htm