OSTEOPATHIE ANGLAISE - OSTEOPATHIE FRANCAISE: QUELLES DIFFERENCES ?





A) DIFFERENCES POLITIQUES

1) Evolution du statut de l'ostéopathie en Angleterre de 1985 à nos jours
2) Conséquences de l'adoption du projet de loi sur la reconnaissance de l'ostéopathie:
3) L'ostéopathie en France

B) DIFFERENCES D'ENSEIGNEMENT

a) En Angleterre
b) En France

C) DIFFERENCES DE PHILOSOPHIE

D) RELATIONS MEDECINS-OSTEOPATHES

a) En France
b) En Angleterre




A) DIFFERENCES POLITIQUES


1) Evolution du statut de l'ostéopathie en Angleterre de 1985 à nos jours

Comme nous l'avons vu plus haut dans la thèse du Dr Elie Paul Cohen (l'ostéopathie en Angleterre), les ostéopathes anglais tentèrent à plusieurs reprises, sans succès, dans les années 30, de légaliser leur statut par le parlement. Les différentes tentatives échouèrent pour 2 raisons:

  1. Les ostéopathes ne représentaient pas une profession structurée.

  2. Les médecins anglais étaient résolument contre la reconnaissance d'une profession médicale reposant sur des concepts et connaissances non scientifiques. Les ostéopathes étaient alors considérés véritablement comme des charlatans par le corps médical.

L'attitude des médecins vis à vis des ostéopathes changea dans les années 80 pour des raisons précises que nous évoquerons plus loin.

Une considérable impulsion à la nouvelle campagne pour la reconnaissance de l'ostéopathie fut donnée dans le milieu des années 80 par une déclaration de John Dawson, représentant la British Medical Association (BMA) qui déclara:
"Il existe à la base de la pratique ostéopathique une somme de connaissances cohérente qui mérite considération ."

Un élan supplémentaire fut donné par le Secrétaire d'Etat du ministère de la santé qui en 1985 résuma les critères essentiels que toute profession de santé se doit de remplir pour espérer obtenir un statut légal. Ces critères sont les suivants:

 

  1. Existence d'un système d'autorégulation de la profession reconnu et praticable.

  2. Existance d'un code approprié de bonne conduite professionnelle.

  3. La profession doit s'assurer de l'accueil favorable et du soutien du corps médical.

En 1988, le Prince de Galles réunit le ministre de la Santé, le président du conseil de l'Ordre des Médecins et le président du Collège Royal des Médecins. Les participants à la réunion donnèrent le feu vert aux ostéopathes pour procéder aux propositions de régulation statutaire.

En 1989, à la suite de discussions avec les ministres concernés, un groupe de travail est établi pour considérer l'étendue et le contenu de la législation destinée à réguler la pratique de l'ostéopathie. Ce groupe de travail, le King's Fund (une fondation médicale indépendante très respectée) est alors placé sous la présidence de Sir Thomas Bingham, Président de la Cour d'Appel.

Ce groupe de travail fut constitué des membres dirigeants des professions ostéopathiques et médicales (incluant le président de l'Ordre des Médecins et du Collège Royale des Chirurgiens)

Le King's Fund consulta les différentes organisations représentant les ostéopathes ainsi que la British Medical Association, le General Medical Council, le Royal College of Medicine, des associations de consommateurs, des Universités et des Départements d'Etat.

En 1991 le projet de loi sur l'ostéopathie résultant du groupe de travail obtint le soutient de tous les partis politiques et du gouvernement. Il obtint le soutient du président de l'Ordre des Médecins qui déclara:

J'espère que le projet de loi sera couronné de succès. L'autorégulation dans les limites établies par le parlement, permet à une profession de promouvoir et maintenir un haut niveau de formation, de pratique et de conduite professionnelle. Ceci me donnerait le plaisir d'accueillir une profession qui exerce ce privilège dans l'intérêt du public.

Le ministre de la santé (Baronnes Cumberlege) déclara:
Ce projet de loi est de très haute qualité...le plus moderne des projets de loi de ce genre et certainement envié par les autres associations professionnelles.

Le premier Juillet 1993, le projet de loi sur l'ostéopathie est adopté par le parlement.
Cette loi est considérée comme la plus importante et la plus innovante de la législation médicale depuis plus de 30 ans en Angleterre.

Depuis 1993 se mettent en place les structures administratives liées à la création de l'Ordre des Ostéopathes; le General Osteopathic Council (GOsC).


2) Conséquences de l'adoption du projet de loi sur la reconnaissance de l'ostéopathie en Angleterre:

- Une garantie que tous les ostéopathes auront la même formation de haut niveau.
- Intégration de l'ostéopathie dans le système de Santé.
- Relations de travail plus proches avec les médecins.
- De plus nombreux patients considérant l'ostéopathie comme une nouvelle option thérapeutique.
- Plus de liberté pour la mise en valeur de l'ostéopathie.


3) L'ostéopathie en France

L'ostéopathie est reconnue depuis la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002:

Article 75 : ostéopathie et chiropratique

www.legifrance.gouv.fr/citoyen/jorf_nor.ow?numjo=MESX0100092

L’usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur est réservé aux personnes titulaires d’un diplôme sanctionnant une formation spécifique à l’ostéopathie ou à la chiropraxie délivrée par un établissement de formation agréé par le Ministre chargé de la santé dans des conditions fixées par décret. Le programme et la durée des études préparatoires et des épreuves  après lesquelles peut être délivré ce diplôme sont fixés par voie réglementaire. 

S’il s’agit d’un diplôme délivré à l’étranger, il doit conférer à son titulaire une qualification reconnue analogue, selon des modalités fixées par décret.

Les praticiens en exercice, à la date d’application de la présente loi, peuvent se voir reconnaître le titre d’ostéopathe ou de chiropracteur s’ils satisfont à des conditions de formation ou d’expérience professionnelle analogues à celles des titulaires du diplôme mentionné au premier alinéa. Ces conditions sont déterminées par décret.

Toute personne faisant un usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur est soumise à une obligation de formation continue, dans des conditions définies par décret.

  L’Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé est chargée d’élaborer et de valider des recommandations de  bonnes pratiques. Elle établit une liste de ces bonnes pratiques à enseigner dans les établissements de formation délivrant le diplôme mentionné au premier alinéa.

 Un décret établit la liste des actes que les praticiens justifiant du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur sont autorisés à effectuer, ainsi que les conditions dans lesquelles ils sont appelés à les accomplir.

Ces praticiens ne peuvent exercer leur profession que s’ils sont inscrits sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle, qui enregistre leurs diplômes, certificats, titres ou autorisations.

 


B) DIFFERENCES D'ENSEIGNEMENT

a) En Angleterre

Les études ostéopathiques durent 4 ans à temps plein. La formation clinique se déroule dans les cliniques intégrées aux écoles. La clinique de la B.S.O par exemple, reçoit plus de 1000 patients par semaine.
Les huit grandes écoles ostéopathiques anglaises délivrent un diplôme universitaire de médecine ostéopathique (Bsc honours accrédités par l'Open University). Un Master of Science (Msc) peut-être obtenu après 2 années supplémentaires d'études en postgradué.
Les ostéopathes devront à l'avenir, comme les médecins, suivre une formation médicale (ostéopathique) continue pour avoir l'autorisation d'exercer.

L'ostéopathie est exercée à plus de 90% par des non-médecins, non-kinésithérapeutes.

Il faut se méfier en France des ostéopathes se faisant passer pour des ostéopathes de formation anglaise. Seules les quatre écoles citées plus haut délivrent un diplôme permettant d'être Membre du Registre des Ostéopathes (General Council and Register of Osteopaths). De nombreuses petites écoles non-reconnues ont offert dans le passé, des formations à temps partiel permettant de s'incrire à des associations et Registres fantaisistes (ex: International Council of Osteopaths, British and European Osteopathic Association etc...).

b) En France

Dans les années 60-70 se sont créées plusieurs dizaines d'écoles offrant des formations plus ou moins fantaisistes aux masseurs-kinésithérapeutes. L'enseignement prodigué est basé sur des séminaires de quelques jours répétés plusieurs fois par an. C'est ainsi que depuis plus de 20 ans plusieurs milliers de masseurs-kinésithérapeutes ont reçu un enseignement théorique de l'ostéopathie. L'enseignement clinique est pratiquement inexistant.

Certaines écoles mettent en avant de prétendues relations avec des écoles et organismes anglais ou américains mais aucun diplôme français ou soi-disant européen ne permet de travailler dans un pays tiers.

 

L'essentiel de l'ostéopathie Française repose sur 3 théories:

  1. - L'ostéopathie crânienne.

  2. - L'ostéopathie viscérale.

  3. - L'ostéopathie structurelle.

  1. L'ostéopathie crânienne est une croyance basée sur les concepts de W.G Sutherland, un ostéopathe Américain (1873-1954). Selon lui, les os du crâne auraient un déplacement rythmique perceptible à la palpation. Pour les ostéopathes crâniens, toute cause susceptible de limiter la mobilité des os du crâne peut altérer la physiologie du corps entier. Cette théorie a été démentie par de nombreuses études scientifiques internationales. Cette croyance au dogme élaboré par W.G. Sutherland s'est malheureusement développée en France par l'intermédaire, en autres, d'une ostéopathe américaine: Viola Frymann. La majorité des écoles en France enseignent ces théories ésotériques et sectaires à l'origine du retard de la reconnaissance de l'ostéopathie en France. Cet enseignement prochainement interdit en France est de plus en plus contesté par certains enseignants aux Etats-Unis.

  2. Dans la même veine que l'ostéopathie crânienne fut élaboré en France une théorie mécaniste concernant un soi-disant système viscéral. Pour les ostéopathes viscéraux, toute cause susceptible de limiter la mobilité des viscères peut altérer la physiologie du corps entier...

  3. L'ostéopathie structurelle (théories de Fryette, Mitchell et Jones...) n'est plus enseignée en Angleterre de cette façon. Ces théories sont jugées scientifiquement dépassées depuis longtemps.

En conclusion, l'ostéopathie Française est basée sur des théories dogmatiques et des croyances qui ne sont plus enseignées ou qui restent marginales en Angleterre.


C) DIFFERENCES DE PHILOSOPHIE

L'ostéopathie Française est une thérapie alternative recherchant ses fondements dans des conceptions de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie qui n'appartiennent qu'à elle. Les dogmes enseignés sont par définition rigides et contredis pas les découvertes récentes en anatomie et physiologie.

Les ostéopathes Français prétendent "sentir" des structures impalpables du cerveau ou des viscères pourtant réputées être difficilement repérable pour un chirurgien...

L'explication rationnelle est que ces ostéopathes se font une représentation virtuelle des organes qu'ils prétendent palper. Que ce soit du point de vu théorique ou "pratique", l'ostéopathie Française est donc basée sur une perception médiate de la réalité.

L'ostéopathie, quand elle accomplit sa véritable vocation, est une recherche de la réalité sans l'interposition des moyens termes, autrement dit, sans l'interposition des théories, des dogmes, des croyances, qui médiatisent notre rapport à la réalité, c'est à dire qui rendent ce rapport indirecte.

L'ostéopathie Anglaise, contrairement à l'ostéopathie Française, n'est absolument pas un remaniement de concepts. Elle est le contraire même d'un "ars combinatoria".
L'ostéopathie Anglaise "prêche" le réel. D'un point de vu philosophique, elle est à la recherche du "datum", de l'ipséité du donné, c'est à dire du donné lui-même. C'est pour cette raison qu'elle se doit d'évoluer avec les dernières connaissances médicales et que son enseignement ne peut être qu'essentiellement clinique.
L'ostéopathie Anglaise ne prétend pas être une science, mais plutôt une science nesciente, autrement dit, une science qui à la fois sait et ne sait pas. Elle est avant tout une "limite". L'ostéopathe travaille à la frontière du connaissable de l'inconnaissable, du palpable et de l'impalpable. Franchir cette frontière dans un sens revient à pratiquer la médecine, la franchir dans l'autre sens revient à pratiquer le charlatanisme. L'ostéopathie est un entre-deux. La difficulté de sa définition et de sa pratique viennent de là.


D) RELATIONS MEDECINS-OSTEOPATHES

a) En France

Les ostéopathes sont régulièrement poursuivis pour exercice illégal de la médecine.
Le conflit existe d'une part entre les médecins-ostéopathes et les kinésithérapeutes-ostéopathes. les premiers ont fait 8 à 10 ans d'études de médecine et quelques mois d'études d'ostéopathie. Les seconds ont fait 3 ans d'études de kinésithérapie et quelques mois d'études d'ostéopathie (parfois réparties sur 6 ans ou quelques week-end). Il semble logique aux médecins-ostéopathes que l'exercice de l'ostéopathie leur soit uniquement réservé.

Depuis une vingtaine d'années, des formations en ostéopathie sans pré-requis médical ou paramédical se sont développées. Ces écoles ont été créées par d'ancien kinésithérapeutes sans véritable formation en ostéopathie et sont actuellement l'objet d'une très vive controverse.

Il existe d'autre part un conflit entre le corps médical dans son ensemble et les ostéopathes pour de nombreuses raisons:

 

  1. Absence de bases scientifiques sérieuses des principes qui gouvernent la pratique de l'ostéopathie Française.

  2. Opposition à la pratique des manipulations vertébrales et au diagnostic par des non-médecins.

  3. Insuffisance de formation clinique des ostéopathes.

  4. Mercantilisme des écoles ostéopathiques.

b) En Angleterre

L'ostéopathie a la réputation de s'être développée en Angleterre sous la bienveillance des instances médicales. Pourtant, jusqu'au milieu des années 70, un médecin pouvait être poursuivi par le Conseil de l'Ordre pour avoir adressé un patient à un ostéopathe. Que s'est-il passé depuis?

Les ostéopathes ont démontré le sérieux de leur formation et l'efficacité de leur traitement. Plus de 700.000 patients consultent  un ostéopathe chaque année.

L'ostéopathie Anglaise est avant tout basée sur une compréhension de l'anatomie de la physiologie et de la pathologie partagée par toutes les professions de santé.

Les techniques de manipulations vertébrales ont évolué et les manipulations "forcées" ont été abandonnées. Les ostéopathes pratiquent des manipulations "douces", principalement par l'intermédiaire des tissus péri-articulaires.

L'ostéopathie est une profession indépendante et les ostéopathes sont formés pour poser un diagnostic médical différentiel, mais la relation ostéopathe - médecin est considérée comme indissociable. En effet, l'ostéopathie ne revendique pas un statut de "médecine parallèle" mais de thérapie complémentaire à la médecine.



Copyright © 1997 Alain Guierre D.O.