Ostéopathie en Angleterre

L'ostéopathie en Angleterre





A) JOHN MARTIN LITTLEJOHN
B) L'OSTEOPATHIE ANGLAISE ET SON STATUT


A) JOHN MARTIN LITTLEJOHN

L'homme de l'ostéopathie anglaise, fut  John Martin Littlejohn. Né à Glasgow en 1865, il y suivit, dès 1881, des études universitaires de droit, de littérature, de théologie et de langues orientales, avec la ferme intention au bout du compte, de servir dans les ordres.

Diplômé dans toutes ces disciplines, il poursuit sa formation jusqu'en 1889 en étudiant l'anatomie et la physiologie sous la direction de l'éminent physiologique écossais, le Docteur Mac Kendrick. Il entre ensuite dans les ordres à Londonderry en Irlande. L'année d'après, on lui conseille pour des raisons de santé, de changer de climat, les contrées plus chaudes lui étant profitables. Il émigre donc aux Etats Unis d'Amérique en 1892. Il y étudie l'économie politique. Il en sortira une thèse très remarquée à cette époque.

Vu ses capacités, on lui confie très tôt des responsabilités universitaires, notamment à l'Amity College Springs dans l'Iowa. En 1897, il consulte le docteur Still à Kirksville pour des raisons de santé. Il est si impressionné par le personnage et par ses résultats thérapeutiques qu'il décide d'étudier l'ostéopathie avec Still dans son collège de Kirksville. Littlejohn écrivait en 1932: "J'étais fasciné par l'approche médicale du Docteur Still, par sa manière de réajuster la structure du corps et d'aider la nature à retrouver le chemin de l'équilibre".

En 1898, Littlejohn quitte la présidence d'Amity College et s'inscrit à l'American School of osteopathy du docteur Still.

Du fait de sa solide formation universitaire, on lui confie très vite une partie de l'enseignement de la physiologie. Il est même nommé doyen de la faculté, Andrew Still en restant bien sûr le président. T. E. Hall, dans son exposé lors du mémorial John Martin Littlejohn de 1952 à la BSO, dit que la plus grande contribution de Martin Littlejohn à l'ostéopathie fut son apport de la physiologie. Littlejohn publia du reste deux livres de physiologie, et il participa deux années, en 1898 et en 1900, au congrès annuel de la Société des Sciences des Lettres et des Arts d'Addison Hall à Londres.

Littlejohn finit ses études et est diplômé de l'American School of Ostheopathy en 1900. Il fonde la seconde école d'ostéopathie américaine à Chicago, qu'il appelle l'American College of Osteopathic Medecine and Surgery.

Durant cette période, il continue à écrire de nombreux articles scientifiques et à les publier. C'est aussi à cette époque qu'il obtient un diplôme au Medical College de Dunham and Hering à Chicago. En 1903, il voyage en Europe, contacte les docteurs Horn et Walker, pour discuter de la possibilité d'établir une une école d'ostéopathie en Angleterre.

De 1908 à 1910, Littlejohn sera président de l'American College of Osteopathy. Finalement, il retourne vivre définitivement en Angleterre en 1913 et fonde à Londres, le 7 mars 1917, la BSO (British School of Osteopathy).

T. E. Hall qui, lui-même, fit ses études à la BSO en 1925, écrit en 1952:

"Martin Littlejohn supporta l'école jusqu'à sa mort, aussi bien sur le plan financier qu'universitaire. Il répondait présent à tout le monde. Entièrement dévoué à sa mission d'enseignant et de clinicien".

La BS0 fut donc créée sur des bases de pur altruisme, la règle étant le non profit. Les fonds versés par les étudiants allaient directement à l'école, Littlejohn n'en recevant aucun salaire.

En conclusion, John Martin Littlejohn fut l'homme qui implanta l'ostéopathie en Angleterre. Sa formation universitaire lui permit de développer un enseignement sérieux de cette discipline dans le pays.

Son école, la BSO, reste jusqu'à présent, une référence nationale et internationale sur le plan de la formation théorique et clinique des ostéopathes.


B) L'OSTEOPATHIE ANGLAISE ET SON STATUT

Dès la création de la BSO en 1917, de nombreux ostéopathes ont cherché à obtenir un statut officiel en Angleterre.

En 1925, M. Arthur Greenwood, membre du Parlement, qui deviendra plus tard Ministre de la Santé, proposa une régulation de l'ostéopathie pour préserver à la fois les ostéopathes dans leur exercice et leurs patients des abus des charlatans. Sa requête fut sans suite.

En 1931, une proposition de loi sur le statut de l'ostéopathie fut déposée à la Chambre des Communes par M. W. M. Adamson. Elle fut reconduite avec quelques modifications en 1933 par M. Robert Boothby. Encore une fois, il n'y eut aucune suite à ces demandes.

Devant ces semi-échecs, la BOA (British Osteopathic Association) organisation officielle représentative des ostéopathes anglais,' dont le docteur Littlejohn était devenu président en 1925, essaya par l'intermédiaire du Privy Council de faire intervenir la famille royale, à nouveau sans résultat.

Finalement, cette proposition passa à la Chambre des Lords en 1934, introduite par le vicomte Elibank. Il fut décidé qu'elle serait examinée en dernier recours par un haut comité de la Chambre des Lords.

La proposition de loi proposait un statut pour l'enseignement et la profession d'ostéopathe comme il en avait été de la médecine orthodoxe en 1858, afin d'aider le public à distinguer les ostéopathes qualifies de ceux, en grand nombre, exerçant sans réelle formation.

Le haut comité était composé de Lord Amulree, du vicomte Elibank, de Lord Marley et de Lord Dawson of Penn de la médecine officielle. Deux camps se dressaient pour et contre l'ostéopathie. En faveur de l'ostéopathie, on retrouvait la ligue de défense de l'ostéopathie, présidée par le docteur Wilfred Streeter, la BOA (British osteopathic Association), et the Osteopathic Association of Great Britain, et la BSO. Les ostéopathes étaient représentés par J.H. Thorpe du Kings Council (le conseil royal).

Les opposants étaient constitués de la BMA (British Medical Association) représentée par Sir William Jowett, the Royal College of Physicians, the Royal College of Surgeons of London, Edimburgh and Glasgow et des membres de plusieurs autres universités britanniques.

Le docteur Littlejohn n'était pas très favorable à l'examen de ce projet par la Chambre des Lords, pensant qu'il était encore trop tôt. Néanmoins, il répondit quand même à l'appel sollicité, notamment par un des promoteurs de ce projet, le docteur Wilfred| Streeter.

Les deux premiers avocats de la défense à plaider furent le docteur Streeter, diplômé aussi de Kirksville, l'école américaine d'ostéopathie fondée par le docteur Still, et le docteur Mac Donald, un médecin d'Edimbourg.

Leur plaidoyer en faveur de l'ostéopathie fit bonne impression sur le haut comité.

Contre toute attente, la participation du docteur Littlejohn fut moins convaincante. Peut-être lui était-il difficile d'être juge et partie, ou tout simplement était-il tellement convaincu de la valeur de ce qu'il défendait qu'il ne s'acharna pas à essayer de convaincre des gens qui n'étaient pas encore acquis à sa cause.

En fait, la proposition fut rejetée après plusieurs mois d'études. Cependant, entre temps, le 8 avril 1935, le ministre de la santé fit paraître une note dont le paragraphe 7 dit ceci: "Il apparaît qu'à l'heure actuelle on n'ait pu trancher sur le projet de loi. En attendant une solution, les ostéopathes exerçant actuellement ont le choix soit de faire leurs études de médecine afin de se faire reconnaître par l'ordre des médecins, soit de constituer un registre professionnel d'ostéopathes établissant un code précis d'exercice de la profession, ainsi qu'un programme officiel de l'enseignement de cette discipline. Ce registre professionnel devant être constitué le plus vite possible à partir de la date d'aujourd'hui".

Les différentes organisations d'ostéopathes considérant qu'elles n'avaient rien à attendre du haut comité et surtout qu'il ne fallait pas faire pression sur lui décidèrent qu'il était donc nécessaire de créer ce registre professionnel équivalent de l'ordre des médecins.

Ce registre, le GCRO (General Council and Register of Osteopaths) véritable ordre des ostéopathes, fut crée le 22 juillet 1936 . Fonctionnant sur le mode d'une association à but non lucratif, il eut comme premier président le vicomte Elibank.

Le GCRO reconnu dès le début les diplômes de certaines écoles d'ostéopathie américaine, ainsi que celui de la BSO, après que cette dernière ait apporté quelques modifications au programme de son enseignement.

Les ostéopathes exerçant depuis de nombreuses années, furent incités à y adhérer, ayant au préalable subi un examen de contrôle des connaissances.

Quatorze ans plus tard, le 18 mars 1950, sous la présidence de B.L. Bathurst, il fut statué que les listes d'adhérents ancien système seraient closes au 31 décembre de la même année. Jusqu'à cette date, seuls les ostéopathes exerçant depuis plus de cinq ans pouvaient encore devenir membres du registre à condition de passer l'examen de contrôle des connaissances. Les autres, comme ceux postulant à partir de janvier 1951, devraient à l'avenir, faire leurs études dans un établissement reconnu par le registre professionnel.

A partir de 1951, trois établissements furent reconnus officiellement par le registre aptes à enseigner l'ostéopathie.

1)La BSO
2) le London College of Osteopathic Medecine
3) the European School of Osteopathy (Maidstone)
A présent, une quatrième école a rejoint ce groupe; il s'agit de "the British College of Naturopathy and Osteopathy".

Le rôle du GCRO est:
1) maintenir le meilleur niveau d'enseignement de la discipline
2) établir un code déontologique et y veiller
3) être le seul organisme à délivrer à tout ostéopathe de ces quatre écoles, les trois lettres MRO (Membre du Registre des 0stéopathes)

Ainsi, un ostéopathe ayant effectué ses quatre années d'études plein temps ou plus dans l'une des quatre écoles citées plus haut reçoit le DO (Diplôme en Ostéopathie), puis il reçoit du GCR0, après examen de son dossier, la qualification de MRO (Membre du Registre des Ostéopathes) lui donnant l'autorisation de s'installer à son compte.

Un ostéopathe reconnu est donc DO. MRO. (diplômé en ostéopathie et membre du registre des ostéopathes.

Ce registre recouvre non seulement le Royaume Uni, mais aussi de nombreux pays de la communauté internationale qui sont les suivants:
Les USA, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, la Belgique, le Portugal, l'Espagne, l'Allemagne de l'ouest, le Canada, les Bahamas, les Bermudes, Chypre, Israël, Hongkong, l'Iran , la Malaisie, le Nigeria, l'Arabie Saoudite, Singapour, la Suisse.

Le GCRO est donc un véritable équivalent de l'Ordre des Médecins dont le non-respect de la déontologie peut entraîner des sanctions qui vont du blâme à la radiation.





Dr Elie Paul Cohen: "Rapport de stage d'un Interne en Médecine Générale (I.M.G.) à la British School of Osteopathy (B.S.O.)" - UNIVERSITE PIERRE ET MARIE CURIE (PARIS 6) - FACULTE DE MEDECINE PITIE-SALPETRIERE, 1989. pp 71-81